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Blog de Marie-Michel

Van ou le miracle de l’amour

Van ou le miracle de l’amour

Article publié dans la revue mariale  » L’Appel du Ciel  » – Décembre 2014

 

Van est né le 15 mars 1928 à Ngam-Giao, un petit village du Nord Vietnam, situé entre Hanoï et Haïphong. Entouré d’une famille chrétienne fervente et très unie, son enfance sera radieuse. Il recevra particulièrement de sa mère une belle éducation à la foi catholique et une initiation aux prières chrétiennes fondamentales : tout particulièrement la récitation du chapelet. Selon le témoignage maternel, cette prière mariale le rendra  » plus sage et doux  » … car voici le portrait que dresse sa mère :  » C’est un enfant bien étrange. Il aime la joie et l’espièglerie; de plus, il est très sensible et un rien suffit pour le faire pleurer !  » Et une autre fois, elle complète :  » Il était tout petit, mais extrêmement entêté, dominateur, inflexible. Il ne ressemblait en rien en son frère et à sa sœur; au contraire, il se montrait toujours une enfant terrible … Je ne savais trop ce qu’il deviendrait plus tard « .

Et pourtant, ce petit vietnamien dont la personnalité restera si fragile et contrastée va aller très loin sur ce chemin de l’amour qui fait les Saints. Pour notre temps, il interpelle les parents à poser un regard d’espérance sur leurs enfants. Il invite les jeunes à ne jamais se décourager face aux contradictions de la vie. Son témoignage vient fortifier notre foi dans le sens où, selon l’Evangile du Christ, le Royaume est promis aux enfants (Mc 10,13-16) qui croient que  » tout est possible à Dieu  » (Mt 19,26). Pour découvrir celui que son père appelait  » un saint de poche « , je renvoie ici à ma biographie  » l’amour ne peut mourir  » signalée à la fin de l’article. Le Seigneur s’en est servi pour toucher bien de cœurs à travers la vie de Van … car nous sommes ici en présence d’un futur grand saint de l’extrême orient. Il est déjà une sorte de  » petite Thérèse  » de l’Asie. Cependant, comme nous, il s’est heurté souvent au côté désespérant de l’existence qu’il a vaincu en donnant sa vie à la suite du Crucifié. Cela lui a inspiré cette parole de résurrection :  » La sainteté, c’est une vie où il faut changer la tristesse en joie !  »

 

L’impossible sainteté !

 

Souvenons-nous de ce passage fondamental de l’Evangile où, après le départ du jeune homme riche, Jésus semble décourager ses propres apôtres qui se posent cette question angoissante :  » Mais alors, qui peut être sauvé ? « … et la réponse du Seigneur vient d’abord par l’intensité mystérieuse  de son regard :  » Fixant sur eux son regard, Jésus dit :  » Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu car tout est possible pour Dieu !  » (Mc 10,27). Telle est la grande question qui traverse la vie de Van : Où est le possible de Dieu ? Peut-on être fragile et saint ? Existe-t-il une sainteté pour les petits ? Il a parcouru tant de vies de saints  » sans en trouver un qui ait ri et se soit montré espiègle comme lui !  » A travers leur vie si pénitente et si rigoureuse, ils semblent comme des étoiles lointaines et inatteignables…

Appelé de l’intérieur mais découragé à l’extérieur, Van vit douloureusement ce paradoxe où tout se complique. Victime d’une hagiographie douteuse où la fragilité semble absente, il finit par se décourager :  » Malgré mon immense désir d’arriver à la sainteté, j’avais la certitude que jamais je n’y parviendrai … »  Ce constat d’un baptisé n’est-il pas souvent le nôtre ? Ne risquons nous pas alors de baisser les bras secrètement ou de nous éloigner comme le jeune homme riche ? Que l’on reste ou que l’on parte, on n’y croit plus vraiment et une fraîcheur a disparu pour laisser place à la fausse sagesse du monde. Celle qui tue lentement l’enfance du cœur.  Pourtant, l’appel à la sainteté qui est l’appel de l’Amour à le suivre demeure lancinant en nos cœurs. Nous sommes nés pour aimer. Comme l’a écrit un Léon Bloy :  » il n’y a qu’une seule souffrance, c’est de ne pas être des saints !  »  Et c’est pourquoi devant une porte qui semble fermée, il nous faut comme le petit Van insister dans la foi qui cherche… car le Christ a promis qu’elle s’ouvrirait (Lc 11,9). C’est pourquoi le petit vietnamien ne va pas renoncer :  malgré les vents contraires, il continue de surfer sur l’intuition profonde de son cœur incertain :  » Je cherchais donc un saint tel que je me le figurais, mais où était-il caché pour que je ne le trouve nulle part ? De moi-même, je n’osais inventer une voie nouvelle … Alors, que faire ?  » En attendant, il prend une résolution qui le dispose à recevoir la lumière :  » Ne jamais mépriser les petites choses … »

 

La petite sœur du Ciel: Thérèse !

 

Après une prière suppliante à Notre Dame des grâces, le temps de l’exaucement est arrivé. Van a 14 ans et la Vierge va répondre à l’attente folle de son cœur à travers celle qu’on a appelé  » la plus grande sainte des temps modernes « . Après une démarche à la fois drôle et solennelle, il promet à Dieu de lire une dernière vie de saint. Or, voici que tombe entre ses mains  » Histoire d’une âme  » de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus !  A première vue, il est méfiant : cette jeune carmélite risque d’être, comme les autres, admirable mais si peu imitable … mais il tient sa promesse et commence à lire les premières pages : alors, écoutant la petite normande décrire le jardin de Jésus, la joie l’envahit et les larmes lui viennent :  » Ce qui me bouleversa, ce fut le raisonnement de la petite Thérèse : Si Dieu ne s’abaissait que vers les fleurs les plus belles … son amour ne serait pas assez absolu, car le propre de l’amour, c’est de s’abaisser jusqu’à l’extrême limite !  »  Van saisit bien dés sa première rencontre avec Thérèse l’intuition théologique fondamentale qui soulève toute sa vie et pour laquelle elle est, à mon avis, Docteur de l’Eglise. Elle le décrit d’une manière unique dans son manuscrit B:   » Dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour …ainsi je serai tout … ainsi mon rêve sera réalisé … l’Amour m’a choisie pour holocauste, moi, faible et imparfaite … ce choix n’est-il pas digne de l’Amour ?  Oui, pour que l’Amour soit pleinement satisfait, il faut qu’il s’abaisse, qu’il s’abaisse jusqu’au néant et qu’il transforme en feu ce néant !… »

A travers son livre, Thérèse éblouit le cœur de Van. Il se sent traversé par un souffle libérateur qui lui ouvre la porte de la Révélation :  » Je compris alors que Dieu est Amour et que l’Amour s’accommode de toutes les formes de l’amour. Je puis donc me sanctifier au moyen de toutes mes petites actions : un sourire, une parole ou un regard pourvu que tout soit fait par amour. Quel bonheur ! Thérèse est la réponse à toute mes questions sur la sainteté … J’ai enfin trouvé ma voie !  »

Il y a là pour nous une évidence de la vie chrétienne qu’il nous faut retrouver :  » Trouver sa voie « , c’est par dessus tout découvrir comme Thérèse et Van que l’appel immédiat à vivre l’Evangile se cache d’abord dans l’aujourd’hui. Quelle que soit notre vocation en Eglise, nous ouvrons la porte de la sainteté quand la foi commence à deviner que chaque instant qui passe est un rendez-vous avec l’Amour. Le quotidien se transfigure et devient passionnant si chaque minute devient un trésor qui s’offre à la confiance. Alors, l’Esprit-Saint signe son œuvre en nos cœurs quand il nous fait ressembler au Christ qui donne sa vie pour les hommes. Parmi tant de lumière reçues en ce sens, Van nous fera un jour cette confidence :  » Avec mes mains qui nettoient les marmites, j’ai le pouvoir de sanctifier le monde entier. Qui suis-je ? Un enfant qui vit dans la foi « .  C’est cela la foi qui déplace les montagnes ! (Mt 17,21). Van a suivi Thérèse sur la voie de l’enfance évangélique où  » la confiance seule mène à l’Amour « . C’est pourquoi il écrira un jour :  » Grâce à toi, Thérèse, j’ai connu ma vocation; avec toi, j’ai aimé Jésus. Et si aujourd’hui, je connais un peu le Cœur de Dieu, si la foi et la confiance sont devenues mon lieu de paix, c’est encore à tes enseignements que je le dois …Chaque fleur a son parfum propre : Thérèse est la fleur et moi le pétale. Comment ne pourrais-je pas lui ressembler ?  »

 

Quand le grain de sable devient une étoile …

 

              Quand Thérèse décrit sa voie d’enfance au début de son manuscrit C, elle conclut par ces paroles-phares :  » L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont tes bras, Ô Jésus !  Pour cela, je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus … »  Si nous acceptons la pauvreté de cœur jusqu’à cette joie d’être tout petit exaltée par le Christ (Lc 10,21), nous vivrons alors du bonheur de la première béatitude qui, avec la confiance, fondent les autres : l’Amour nous fera entrer dans la sécurité des pauvres qui ne comptent plus que sur la Miséricorde de Dieu. Les vrais enfants de Dieu n’ont d’autre issue que la spiritualité du blotissement (Ps 130,1-2). Cela les tient à une profondeur d’abandon où  » tout est possible à Dieu !  » (Mc 10,27). Là aussi, l’Esprit fait naître en leurs cœurs une confiance qui bouleverse le Cœur de Dieu …

Sur cette voie de l’enfance évangélique, Thérèse va devenir comme l’ange gardien de sa vie en l’initiant en direct. Elle lui dira un jour cette parole libératrice :  » N’aie jamais peur de Dieu, il ne sait qu’aimer et désirer être aimé de toi … » Libéré de toutes les caricatures pour découvrir enfin le vrai Visage de Dieu, Van devient lui aussi un maître de la confiance :  » J’ai la conviction que jamais l’Amour ne refusera d’accueillir le regard d’une pauvre petite âme faible comme la mienne, car il trouve condensé dans ce regard toute la confiance et tout l’amour dont mon cœur est capable … Ô Jésus, accueille ce regard de ma faiblesse … car je sais que par un simple regard jeté sur ton amour, je puis te fasciner, t’éblouir … J’ai la certitude que jamais ton amour ne m’abandonnera « .

Van aura durant plusieurs années des visites du Seigneur,de la Sainte Vierge et de Thérèse. Mon deuxième livre  » l’Amour me connaît  » rapporte l’essentiel de ces dialogues uniques où s’ouvre le Ciel. Un jour, il dira au Sauveur :  » Jésus, comment se fait-il que ton regard soit si puissant ? Hier, tu n’as fixé sur moi ton regard qu’un seul instant et cela a suffi pour me faire pleurer … » Et voici la réponse étonnante de Jésus qui nous ouvre des horizons insoupçonnés :  » Et pourtant, Van, le regard de ta faiblesse est encore plus puissant que la mien. Oui, un seul regard de ta faiblesse suffit à charmer mon amour et attirer mon Cœur jusqu’à toi … »  Nous sommes ici au Cœur de l’Evangile où la puissance de l’amour de Dieu  » se déploie dans la faiblesse  » (2 Co 12,9). Sur les traces de Thérèse, Van est entré dans le Royaume des enfants aux mains vides … le grain de sable est devenu une étoile dans la nuit de ce monde.

 

 

L’enfant prophète des apôtres de Marie

 

              Dés son enfance, le petit Van a une vie mariale intense avec une intuition théologique équilibrée :  » Chaque fois que j’ai su me blottir sur le Cœur de Marie, j’ai senti qu’elle me rapprochait davantage de Jésus « . On ne compte plus les grâces et les interventions de la Sainte Vierge dans sa vie. Il la situe d’ailleurs comme une demeure toujours accessible :  » Elle est le lieu de mon espérance … »  et  » un seul regard vers Marie suffit  » pour recevoir son aide maternelle. En un raccourci qui en dit long, il laisse entrevoir sa spiritualité mariale fondamentale :  » Marie est ma Mère et je suis son enfant, tout est là !  »

Après sa rencontre avec Thérèse qui va le lancer sur la voie de l’enfance spirituelle, Van va inventer ce que j’appelle  » la voie d’enfance mariale  » : vivre la grâce baptismale qui nous fait enfant de Dieu à travers la présence quotidienne de Marie, Mère de Dieu et Mère de L’Eglise. Il a expérimenté la puissance transformante de ce mystère maternel :  » O Mère, je sais que rien ne passe par tes mains sans y acquérir une nouvelle beauté … » Et dans certains accents, on croit déjà entendre Saint Jean-Paul II, le Pape de Marie :  » Ô Mère, je suis très pauvre ! Je te demande en aumône ton Cœur aimant; prête-le moi pour m’en servir et je l’offrirai à Dieu. Et toi, ô Mère, enveloppe mon âme dans ton Cœur; alors, j’aimerais Dieu avec ton Cœur … Je ne ferai plus qu’aimer et rester enseveli dans l’Amour en ton Cœur maternel « . Sur les traces d’un Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, on peut dire que le petit Van a découvert  » le secret de Marie  » pour en vivre sur la terre comme au Ciel :  » Ô Mère chérie, que de tendresse dans ton regard ! Regarde-moi jusqu’à mon arrivée en paradis … Jusqu’au moment où comme englouti dans la pupille de tes yeux, je contemplerai avec toi le Dieu d’une tendresse infinie … »

Marie a aussi donné pour mission à Van de prier et de s’offrir pour ses futurs apôtres déjà annoncés par De Montfort. Le 5 janvier 1946, elle lui confie:  » Mon enfant, souviens-toi toujours que je t’ai donné une mission particulière envers moi : tu dois beaucoup prier pour les apôtres de mon règne … et avant de les engager dans la bataille contre l’enfer, il faut que je leur prépare cette arme et cette nourriture dont ils se serviront plus tard « . Ensuite, la Sainte Vierge donne des précisions qui nous sont si précieuses en ce début de III° millénaire où s’accélère la fin des temps :  » Van, écoute-moi. Comme Jésus te l’a dit auparavant, au début de la lutte, mes apôtres paraîtront très faibles, si faibles qu’on les croira incapables de tenir tête à l’enfer … par là, mes apôtres apprendront à être humbles … Cependant, plus l’enfer aura été victorieux auparavant, plus il sera honteux ensuite, car ce ne sera pas moi en personne qui écraserai la tête de Satan, mais mes enfants !… Ensuite, mon règne s’établira peu à peu dans le monde « .  Nous avons en quelque sorte ici l’explicitation de l’annonce prophétique de Marie à Fatima :  » A la fin, mon Cœur Immaculé triomphera !  »

 

L’apôtre caché de l’Amour

 

Après bien des épreuves, Van deviendra en octobre 1944 religieux Rédemptoriste et son cœur sera de plus en plus habité par la passion missionnaire. Il va devenir peu à peu  » l’apôtre caché de l’Amour  » qui désire attirer l’humanité tout contre le Cœur de Dieu. Dans une lettre admirable, il écrit prophétiquement à une amie, la jeune Sau : » Quand le feu de l’amour de Jésus aura embrasé ton cœur, tu sentiras en ton âme un immense désir de presser sur ton cœur tous les gens de la terre … »

Le 14 septembre 1954, il s’envole de Saigon pour le nord Vietnam et sa détermination est totale :  » Je vais à Hanoï pour qu’il y ait quelqu’un qui aime le Bon Dieu au milieu des communistes « . Quelques mois plus tard, il est arrêté par les agents de la sûreté qui le considèrent dangereux et réactionnaire. Après un procès truqué, il est envoyé dans les camps de la mort où il laissera un souvenir impérissable au milieu des autres catholiques détenus. Toujours prêt à écouter et consoler, il constate :  » Tous viennent à moi, pensant que je suis un homme inépuisable !  » Et il le fut en vérité dans l’amour infini de Jésus qui débordait de son cœur … Après des années de mauvais traitement, il meurt d’épuisement le 10 juillet 1959.

Lors de missions au Canada, j’ai eu la joie de rencontrer plusieurs fois Anne-Marie Tê, la petite sœur de Van devenue moniale Rédemptoristine près de Montréal. Il lui avait écrit ces paroles prophétiques :  » Tê, continue à vivre en paix. Même si la vie est dure, garde la joie, réponds à la vie par des sourires … Petite sœur ! Dans notre vie, la souffrance n’existe que pour l’amour … pour vivre, lève ton regard vers Jésus … » Et puis, des camps de la mort :  » Quant à moi, je ne suis plus qu’un cadavre qui respire et je suis très faible. Cependant, il me reste l’amour, et avec l’amour une volonté héroïque. Je suis la victime de l’Amour et l’Amour est tout mon bonheur : un bonheur indestructible … »

 

Père Marie-Michel

Revue mariale  » L’Appel du Ciel  » – Décembre 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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