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Blog de Marie-Michel

“Au pied de la Croix, avec Marie, pour porter le monde”

“Au pied de la Croix, avec Marie, pour porter le monde”

  Interview /entretien avec le Père Marie-Michel  pour la revue l’appel du Ciel, Mai 2012:

 

Avant sa conversion, le Père Marie-Michel fréquentait le monde hippie. Au moment où il allait se rendre en voyage à Katmandou, il est approché par des jeunes catholiques, dans la rue. Il partira finalement avec eux à… Fatima ! Touché en plein cœur grâce à la prière du chapelet, il reçoit sa vocation et entre au Carmel. Ordonné prêtre en 1982, il est cofondateur de l’école internationale « Jeunesse-Lumière » aux cotés du  Père Daniel-Ange en 1984. Il fonde ensuite en 1997 la Carmel de Marie Vierge Missionnaire, dans la Drome. Cette jeune communauté de frères et de sœurs s’apparente aux « nouvelles formes de vie consacrée » et elle est sous la bienveillance pastorale de Mgr Jean-Christophe Lagleize, Evêque de Valence.

Dans cet entretien sur la foi, le Père Marie-Michel nous invite à réaliser que le temps actuel est à la fois celui de « la grande épreuve » mais aussi et surtout celui de « la grande espérance ». D’après son intuition, nous sommes appelés à vivre notre potentiel baptismal par « une foi en crescendo » selon l’expression de Benoît XVI. En ce sens, il nous appelle à  entrer dans la foi silencieuse du Cœur de Marie pour une mission urgente : nous tenir avec Elle en prière au pied de la Croix pour offrir et porter le monde actuel qui se laisse envahir par une culture de mort. En Marie, l’Esprit fera alors véritablement de nous les témoins du Christ vivant !

 

 

L’APPEL DU CIEL : Comment vous a été inspirée la fondation du Carmel de la Vierge Missionnaire ?

 

PERE MARIE-MICHEL : Les 2 visages majeurs du Carmel de Marie Vierge Missionnaire sont le jeune Marcel Van, dont le procès de béatification est introduit, et Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Nous faisons également référence aux sources du Carmel à travers le prophète Elie. Ces trois visages définissent notre Charisme en nous enracinant dans la voie de l’enfance évangélique, la vie mariale et la spiritualité carmélitaine. Notre vie communautaire est religieuse, mariale, semi-érémitique et missionnaire.

Le déclic fondateur est venu à travers Van car Jésus lui avait demandé qu’existe une communauté s’appelant “ la Vierge missionnaire ”. Pour lui faire comprendre en quoi consisterait cette communauté, le Seigneur lui a donné la vision d’une religieuse en habit : elle priait le Rosaire et vivait une forte vie de solitude, en communauté, tout en partant aussi en mission sur les routes à la rencontre des gens. Jésus lui dit aussi que cette religieuse avait « le programme intérieur d’une carmélite ». Et là, comment ne pas penser à Thérèse de Lisieux qui a véritablement « formé » Van… et comment aussi ne pas faire le lien avec la spiritualité du Carmel réformé de Ste Thérèse d’Avila .  Cette intuition, je l’ai reçue en plein cœur, tout comme le Père Marie-Van, qui est fondateur avec moi. Il faut dire que l’aventure a commencé quand j’ai écrit plusieurs livres[1] qui ont permis de mieux faire connaître Marcel Van dont sa biographie traduite en plusieurs langues : « l’Amour ne peut mourir ». J’étais régulièrement bouleversé lorsque je relisais ce texte dans lequel Jésus parlait à Van de la « Vierge Missionnaire ». Durant des années, je ressentais là un appel et puis, un jour, j’ai dit oui. Il y a eu une première ébauche au début des années 1990 mais notre communauté de frères et de sœurs est véritablement née en Eglise, en 1997, sous la bienveillance pastorale de Mgr Didier-Léon Marchand, Evêque de Valence à l’époque et qui fut un vrai père pour nous.

Notre charisme est marial. Comme dit le début de notre Règle de vie : « Né de la miséricorde du Père, notre petit Carmel de la Vierge Missionnaire reçoit un appel gratuit à suivre le Christ avec Marie à travers une vie communautaire, semi-érémitique et missionnaire ». En ce sens, notre vie religieuse s’enracine classiquement avant tout dans la Sainte Eucharistie, la liturgie des heures, l’adoration, le travail, le silence, la vie fraternelle… mais notre spécificité mariale et semi-érémitique s’actualise  dans le Rosaire communautaire quotidien ensemble ou en solitude selon les jours de « désert ». Cette prière du Rosaire commence chaque matin par une heure de « lectio mariale » : une manière inédite et évangélique de méditer ensemble ou en solitude la Parole de Dieu à l’école du Cœur de Marie[2]. Cette prière enracinée dans un verset de l’Evangile du jour commence par le Rosaire et se poursuit par l’oraison silencieuse. C’est le principe de la lectio monastique qui est « lecture priée » de la Parole mais vécue avec Marie. Nous trouvons là notre identité spirituelle en Eglise car cette lectio-mariale-oraison est plus qu’un temps fort de prière, elle suscite dés l’aurore une attitude de foi contemplative qui doit rejaillir sur toute la journée ! Voilà pourquoi la branche de nos laïcs (communion Sarepta) qui regroupe familles et célibataires le vivent autant que nous en plein monde. A la Vierge Missionnaire, nous voulons suivre Jésus en nous plongeant résolument dans le mystère du Cœur de Marie. Une de nos Parole-phare est ce que j’appelle l’Evangile du Cœur de Marie en Luc 2,19 : « Quant à Marie, elle conservait avec soin tous ces évènements et le repassait en son cœur »

 

 

L’APPEL DU CIEL : Vous dites que la mission du Carmel de la Vierge Missionnaire consiste à porter le monde…

 

PERE MARIE-MICHEL : Oui, c’est l’intuition que j’ai eue dès que nous sommes arrivés ici, sur cette terre splendide du Pradier, à 800m. d’altitude et que nous appelons désormais Val Saint Joseph car c’est lui qui nous a guidé jusque là et nous lui confions tout !  J’ai comme reçu alors la vision que nous étions ici, avec Marie, au pied de la Croix. Nous n’étions pas là uniquement pour vivre l’intimité avec Dieu dans la solitude et la communion fraternelle même si cela fait partie intégrante de notre vocation, mais aussi et surtout en vue d’une « mission urgente » :  prier sans cesse avec Marie pour le monde actuel qui est au bord de l’abîme. Un peu comme petite Thérèse, nous ne sommes que des pauvres solidaires du monde et appelés, par grâce, à nous « asseoir à la table des pécheurs ». Reprenant la Tradition, le Bienheureux Jean-Paul II aimait dire que la Vierge Marie est l’« Omnipotentia supplex » : la Toute-Puissance suppliante d’intercession. En ce sens, nous croyons plus que tout à la puissance de la prière née de l’Amour. A la suite de Thérèse, notre Règle nous invite d’ailleurs à devenir l’amour au cœur de l’Eglise : « Tendre à brûler d’un amour qui rejoint mystérieusement le monde entier est notre premier idéal »

Dans cet endroit retiré et silencieux, via le net ou le téléphone, nous recevons quotidiennement de nombreuses intentions de prières et souvent de véritables « cris ». Ainsi, le Seigneur nous fait bien comprendre qu’il nous a appelés dans la silence pour porter avec Lui et sa Sainte Mère l’humanité… Dans le désert solitaire de notre montagne, nous sommes appelés à rejoindre le désert d’un monde matérialiste avec son cortège de solitudes et de violences dont la crise profonde vient d’un « naufrage spirituel ». Comme l’a dit si justement Benoît XVI : « On sait combien la situation du « je n’en peux plus » éclot très souvent au sein même de la richesse matérielle ». Et c’est pourquoi nous partons ponctuellement en mission pour d’abord, écouter mais aussi témoigner d’une espérance que seul donne le Christ vivant !

 

L’APPEL DU CIEL :  Le premier tome de votre nouvel ouvrage, “ La Foi, Porte de la Lumière ”, vient de paraître. Dans quel contexte l’avez-vous écrit ?

 

PERE MARIE-MICHEL : Ce livre est né de l’appel lancé par le Saint Père dans sa lettre apostolique Porta Fidei, pour l’Année de la Foi.  En lisant certains passages poignants et si « inspirés » de l’Esprit d’amour, je me suis dit : il faut te bouger et répondre à l’appel de Benoît ! De la même manière, le livre que j’avais écrit sur le Rosaire, il y a déjà 10 ans, avait été inspiré par la lettre de Jean-Paul II sur le Rosaire.  La décision d’écrire un livre est pour moi à la fois charismatique et évènementielle : je sens que cela m’est demandé par l’Esprit et, avant de répondre, j’essaie alors discerner à travers l’écoute du cœur et les signes extérieurs.

Nous sommes actuellement au début de « l’Année de la Foi » et je pense que nous vivons un très grand moment d’Eglise, durant lequel nous devons ressaisir le cœur de notre foi pour nous préparer aux combats rudes de demain. Et cela commence par une question fondamentale : Que signifie “ croire ” ? La véritable réponse vient d’une question centrale que Jésus a posé à ses disciples : “ Pour vous, qui suis-Je ? ”  Nous connaissons la réponse de Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16,16). Notre foi repose sur celle de Saint Pierre et nous savons la promesse de victoire affirmée par Jésus sur Satan et les puissances de la mort.

Aujourd’hui, dans un tel tourbillon, il faut prendre le temps de revenir dans le secret de notre cœur pour laisser cette parole de Jésus faire la lumière : « Pour toi, qui suis-je ? » car le rayonnement de l’Amour de Dieu dans chaque chrétien au cœur du monde dépend de sa réponse personnelle à cette question. Il s’agit de prendre au sérieux la croissance de notre mystère baptismal dont le Seigneur a laissé deviner l’étonnant rayonnement : « Vous êtes la lumière du monde ! » (Mt 5,14). Notre vocation est de devenir des étoiles dans la nuit de ce monde. Les saints sont les véritables stars, les « stars de Dieu » qui brilleront éternellement dans le Royaume des cieux ! De par notre baptême, nous sommes et serons ces étoiles dans la mesure d’une foi renouvelée à laquelle le Saint Père nous exhorte quand il invite à « la joie et l’enthousiasme renouvelés de la rencontre avec le Christ ». Cette dimension est première et vitale pour éviter que notre foi ne se perde peu à peu dans une routine sociologique et n’interpelle plus personne. On ne le dira jamais assez : même si la Bible est notre trésor incontournable, nous ne sommes pas d’abord la religion du Livre … nous sommes les disciples de « Quelqu’un » car de chercheurs nous nous sommes découverts « cherchés »… l’émerveillement de la foi vient d’une révélation qui change la vie :  le Christ est venu jusqu’à nous et son Esprit a allumé un feu d’amour en nos cœurs… comme pour Lydie dans les actes de apôtres, le don de la foi a ouvert les yeux de son cœur et la jeune convertie s’est ensuite attachée « à l’enseignement de Paul » comme nous devons nous attacher à l’enseignement de l’Eglise sur les vérités de la foi. L’amour ne peut donner toute sa mesure qu’à travers la vérité.

 

 

L’APPEL DU CIEL : Le sous-titre de votre livre, “ de Woodstock à Fatima ”, interpelle et montre que Dieu touche qui Il veut, là où Il le veut…

 

PERE MARIE-MICHEL :  Le don de la foi est suspendu à une seule question : avons-nous soif de rencontrer Dieu ?  Ou en d’autre termes : avons-nous conscience que nous portons au fond de notre cœur un désir d’infini ?  J’ai écrit un livre sur la vie et la spiritualité de la Bienheureuse Elisabeth de la Trinité qui a reçu un bel accueil du public et qui s’appelle « une soif d’infini[3] ». Ce qui est d’abord magnifique chez Elisabeth est son amour de la vie : des soirées dansantes avec plein d’amis à son amour de la nature à travers promenades en forets ou ballades en montagnes !  Mais ce qui apparaît bien plus saisissant encore est son amour de Celui qui est la Vie !  Elle écrit dans une lettre : « Il a mis en mon cœur une soif d’infini et un si grand besoin d’aimer que Lui seul peut rassasier : alors je vais à Lui pour qu’Il comble, qu’Il envahisse tout !… » Voilà la vérité profonde du cœur qui donne sens à toute l’existence : il s’agit d’aimer la vie mais plus encore Celui qui en est la Source !

C’est cette vérité profonde inscrite au plus profond de nous qui doit toujours plus affleurer en surface. On a alors l’intelligence du cœur car comme l’a dit Pascal : « le cœur à ses raisons que la raison ignore ! » Or celui qui cherche est en route et cela crée en lui une disponibilité, un ouverture. Il peut chercher sur des terres dangereuses et sembler se perdre mais s’il cherche vraiment le sens profond de la vie sur terre, il découvrira un jour qu’il était attendu par la folle tendresse de Dieu comme l’enfant prodigue : ineffable attente de Dieu qui ne cesse de nous regarder avec amour… C’est d’ailleurs ce qui nous donne la liberté d’évangéliser car l’intuition de ma foi me dit que tout homme est déjà en dialogue mystérieux avec Dieu, même s’il ne le sait pas !

Dans le fond, le drame de la civilisation actuelle est son « relativisme » qui évacue la possibilité d’un sens absolu et n’a plus besoin de chercher. Ce désir d’infini est récupéré dans la construction d’un paradis terrestre que nous donnerait le progrès et la science à travers une laïcité qui s’érige trop souvent en une sorte de religion à la pensée unique ! Dans un livre à l’analyse philosophique remarquable, Jean Guitton parlait du « silence sur l’essentiel ». Si le mondialisme actuel continue à s’enfermer dans cette direction en tournant le dos à Celui qui est « la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6), ce que j’appelle la « crise de l’infini » n’a pas fini de se signaler par toutes sortes de « séismes »… Jean-Paul II nous a si souvent prévenu : « un monde sans Dieu se construit tôt ou tard contre l’homme… sans la lumière du Christ, tout devient énigmatique, obscur et même absurde ! » L’extrême gravité des lois actuelles  autour du mariage, de l’enfant et de la vie humaine le confirment et annoncent le grand tsunami du « transhumanisme » qui a la prétention de créer une nouvelle humanité dans le sillage du new-age. Dans la perspective de la fin des temps. j’aborderai cette terrible menace dans le tome 2 du livre. C’est le retour en force à la tentation originelle soufflée par le démon au chapitre 3 de la Genèse « Vous serez comme des dieux ! » Mais cette fois-ci à échelle planétaire et comme le laisse entendre le livre de l’Apocalypse, nous subissons momentanément la puissance orgueilleuse de « Babylone la Grande » qui finira d’ailleurs par s’écrouler comme tout ce qui ne se construit pas sur la vérité et l’amour !   En l’Année de la foi, Rosaire en main et Sainte Eucharistie dans le cœur, nous sommes appelés à entrer en résistance par la prière et la paix pour continuer à construire la « civilisation de l’amour » là où nous sommes.  Il ne s’agit pas de fuite ou de frilosité et encore moins de juger ou de moraliser mais de choisir « la lumière de la vie » en créant des espaces de contemplation, de communion et de compassion dans la lumière que donne la foi au Sauveur. Chaque paroisse, chaque communauté, chaque famille est concernée et appelée à renouveau de ferveur chrétienne ! La Bible nous l’affirme : C’est régulièrement avec un « petit reste » que Dieu fait de grandes choses. L’avenir appartient aux pauvres dont le cri espérance perce le Ciel. Marie, notre Mère, en est le Grand Témoin !

 

 

 

L’APPEL DU CIEL : Ce premier tome s’articule autour de 4 grands thèmes. Le premier d’entre eux concerne la foi naissante…

 

PERE MARIE-MICHEL : Il est vrai que ce nouveau livre voulait uniquement aborder les mystères de la foi « de la Création au retour du Christ » avec un grand désir d’actualisation qu’exprime avec force le Père Daniel-Ange dans son longue et remarquable introduction : « Quand on ne sait plus qui est Dieu, on ne sait plus ce qu’est un homme, une femme, un enfant. On ne sait plus quand et commence l’existence… et c’est « l’apostasie silencieuse de l’homme qui se croit heureux sans Dieu » (Jean-Paul II). La foi est devenu une question de vie ou de mort…Et toi, Marie-Michel, tu dessilles nos yeux fermés…tu restitues à Dieu son visage odieusement caricaturé, ce tyran dont je suis athée !… »

Mais en commençant, l’Esprit saint m’a fait sentir que je devais témoigner de ma conversion et j’ai fini par écouter. La première partie relate donc mon chemin où vers l’age de 20 ans, j’ai baigné dans la « contre culture » du mouvement Hippie :  amour-libre, drogues, musique pop-rock, et aventure de la route : l’important était de toujours être en mouvement et en quête vers un ailleurs pour construire un monde de paix et d’amour face à une société qui voulait faire de nous de bons consommateurs. Il y avait du vrai dans cette réaction mais devant les ravages de la drogue et après un « trip » au LSD où j’ai bien failli mourir, je me suis attaché beaucoup plus ensuite à la quête spirituelle des hippies vers l’Orient. Je projetais de partir avec un ami pour Katmandou au Népal pour trouver enfin la sagesse…

C’est là qu’à Nice, l’Eglise est venue à moi à travers un dialogue avec de jeunes chrétiens qui ont finis par m’inviter à un pèlerinage à Fatima ! Le combat intérieur a été rude pour renoncer à Katmandou mais la Vierge commençait à ouvrir mon cœur et de routard je suis devenu peu à peu pèlerin… l’errance a laissé place à la marche vers la Lumière. Il s’agit de ce grand changement, de cette Paque par laquelle nous devons tous passer à un moment parce que nous sommes tous d’une façon ou d’une autre “ on the road », dans un cheminement qui appelle des conversions successives. Nous sommes tous sur la route de la vie. Jean-Paul II disait que « l’homme est la route quotidienne de l’Eglise »… Elle doit aller à la rencontre de l’homme actuel qui marche sans savoir où il va… l’errance doit devenir chemin !  Comme Jean-Baptiste, le chrétien doit tourner les regards vers « l’Agneau de Dieu ».

Pour ma part, j’en témoigne dans le livre : c’est par la puissance du chapelet que tout s’est éclairé. Marie m’a saisi avec douceur car Elle savait mes résistances : au début, je ne me trouvais pas dans mon élément, par rapport à ce que j’avais connu avant. Mais, patiemment, Marie a pris mon cœur, Elle m’a retourné avec douceur. Elle est une Mère, et je voudrais dire à tous ceux qui liront cet entretien ou mon témoignage dans le livre : C’est vraiment «  le temps de Marie » et qu’il suffit de faire un peu confiance à la Sainte Vierge pour qu’Elle fasse des merveilles en nos vies . Je suis un converti au Christ par le saint Rosaire… Qui dira la puissance de cette prière pour le monde actuel ? J’en suis en tous cas « témoin » : j’ai prié Marie et Elle m’a révélé Jésus. Je me suis tourné vers la Mère et Elle m’a donné le Fils. C’est pourquoi Jésus et Marie sont, pour moi, inséparables. L’expérience que j’ai vécue de la prière du Rosaire à Fatima m’a poussé dans les bras de Marie qui m’a fait découvrir la beauté du Visage de Jésus. L’Etoile a fait lever le Soleil en ma vie : Marie est la porte de la Lumière…

 

L’APPEL DU CIEL : Le deuxième thème que vous abordez est la lumière de la vie, qui correspond à la foi au Dieu créateur de beauté…

 

PERE MARIE-MICHEL : J’ai souhaité que ce livre en deux tomes soit comme une petite synthèse de la foi catholique et une sorte de « Faithbook » qui invite le croyant à nourrir sa foi et l’incroyant au dialogue du salut selon l’esprit de Vatican II. J’espère avoir un peu réussi dans ce défi puisque depuis la sortie récente du livre, je reçois des réactions positives de lecteurs en ce sens. Sur notre site Internet que vous signalez plus bas, je prolonge les thèmes des 2 livres par de petits enseignements-vidéos sur les mystères de la foi qui invitent au dialogue durant 2013.

Après le récit de ma conversion à Fatima, la deuxième partie du livre concerne le mystère de la Création. Car la Création est le premier lieu où Dieu nous parle, c’est la première tendresse de Dieu pour l’homme. Personne ne peut nous enlever la beauté d’un lever de soleil, cela nous est donné chaque jour. L’expérience de l’intelligence de la foi commence avec la création. On risque d’avoir une approche limitée du mystère du Christ si l’on ne creuse pas ce mystère de la création. Dans l’Eglise primitive, ce n’est qu’après plusieurs semaines que l’on parlait du Christ aux catéchumènes, avec qui on abordait d’abord la création. Comme le dit le prologue de l’Evangile de Saint Jean, “ tout fut par Lui et sans Lui, rien ne fut ”. Il faut donc ressaisir  que Jésus, Notre Sauveur, est Celui qui a tout créé avec le Père et l’Esprit Saint. Toute la beauté du monde est à Son image. Il était donc nécessaire de commencer par le commencement. Au début du livre de Genèse, Dieu dit  “ Que la lumière soit ! ” La lumière de la vie se répand à travers toute la création. En invitant le lecteur à l’émerveillement,  je me réfère beaucoup la Parole de Dieu mais également au nouveau catéchisme, aux Pères de l’Eglise et aux saints comme une Elisabeth de la Trinité qui nous confie dans une lettre : « Toute la nature me semble si pleine de Dieu… et dire que c’est pour nous qu’Il a fait tout cela ! »

J’ai essayé aussi de faire dialoguer la foi et la science car en regardant bien, on s’aperçoit que bien des scientifiques « touchent » souvent un mystère qui les dépassent à travers leurs découvertes… Je cite Einstein qui a affirmé : « L’escalier de la science est l’échelle de Jacob, il ne s’achève qu’au pieds de Dieu ». Le matérialisme scientifique a trop souvent rendu notre intelligence froide et métallique en « congelant » notre cœur… il faut retrouver ce que j’appelle « l’instinct contemplatif premier » pour laisser jaillir librement notre capacité d’émerveillement devant la Création où Dieu se laisse deviner. Isaac Newton ne disait-il pas : « J’ai vu passer Dieu au bout de mon télescope ! »

 

L’APPEL DU CIEL : Vous parlez ensuite de la lumière perdue, soit la perte de la foi à travers le péché originel…

 

PERE MARIE-MICHEL : Il s’agit en effet de cette perte de la confiance qui a brisé immédiatement l’intimité avec Dieu comme la trahison dans un amour humain entraîne le doute et la distance. Mais là, c’est à un tel degré ! Le catéchisme de l’Eglise catholique a une expression poignante pour exprimer ce drame : « L’homme, tenté par le diable, a laissé mourir dans son cœur la confiance envers son Créateur ». C’est ce que j’appelle le « séisme originel » dont toute l’histoire humaine est marquée jusqu’à aujourd’hui et dont le Christ seul nous a sauvé sur la Croix.

Il faut bien saisir qu’après avoir tant donné à Adam et Eve, Dieu voulait leur donner le Ciel : être avec Lui à jamais en participant à sa béatitude éternelle en vue de laquelle il nous a tous créés. Mais cela passait par l’épreuve de l’obéissance à sa parole qui n’était pas l’interdit d’un despote, comme l’a insinué le démon, mais un appel à cette folle confiance qu’éprouve un enfant en à la bonté d’un Père… car il ne peut pas y avoir d’amour sans confiance. Avec l’humilité, elle est l’unique attitude qui ouvre la porte du Cœur de Dieu.

A cause de Satan, qui s’était déjà rebellé contre Dieu, il y a eu cette coupure terrible. Pour en comprendre la gravité, on peut se référer à cette parole de l’Evangile de Saint Jean : “ Ils regarderont Celui qu’ils ont transpercé. ” Dans le Christ crucifié, nous découvrons avec stupeur ce que « fait » à Dieu le péché qui est essentiellement l’anti-amour. Etre chrétien, c’est être bouleversé par le réalisme de l’amour de Dieu à travers son Fils Bien-Aimé. Cela veut dire aussi que devant le péché, Dieu n’est pas comme nous. Voilà pourquoi Il annonce la victoire du salut juste après la chute. Il ne nous enferme jamais dans notre péché mais quand une porte s’est fermée en nos cœurs, Dieu en ouvre immédiatement une autre qui nous invite à l’espérance : c’est admirable !  Qui comprendra le Cœur de Dieu ?

Il s’agit donc de ne pas rester devant nos portes fermées en cédant à la culpabilité. Car la perte de la confiance entraîne une solitude terrible pour l’homme comme en témoigne cruellement notre “ modernité ” qui nous enferme à la périphérie bruyante, hors de la vérité profonde de notre cœur qui crève sans la tendresse de Dieu : s’éloigner de Dieu est le début de enfer. L’homme doit se mettre en marche même avec une infime confiance, pour être sauvé, et l’Agneau ira le chercher et donnera Sa vie pour qu’il vive : tout le mystère du Messie est déjà là en ce chapitre 3 de la Genèse. La Bible est le grand livre de l’espérance, ne l’oublions jamais.

 

L’APPEL DU CIEL : Le 4ème grand chapitre du tome 1 de votre livre s’intéresse à la lumière promise, la foi itinérante du Peuple de Dieu…

 

PERE MARIE-MICHEL : Dieu fait tout quitter à Abraham, Il le met en marche sur un chemin que Lui seul oriente. Et cela va continuer avec la sortie d’Egypte et l’Exode où, à travers Moise et la colonne de nuée, Dieu se fait le seul guide de son peuple Israël ! Il va lui révéler peu à peu qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Lui. Dans un environnement polythéiste d’inspiration souvent démoniaque, il y a là une merveilleuse pédagogie divine pour révéler la beauté de Son Visage. Et c’est pourquoi j’ai choisi de m’attarder sur Osée, ce grand prophète par qui Dieu révèle un nouveau visage de l’amour divin : celui de l’Epoux trahi et délaissé. Dieu fait vivre à Osée la douleur de l’infidélité de sa femme Gomer, qu’il aime tant, en lui faisant comprendre qu’Il vit la même blessure en tant que Dieu face à l’infidélité d’Israël. C’est vraiment fou et nouveau car Dieu révèle son amour en terme de sponsalité, de conjugalité.

A travers Osée, Dieu manifeste que son amour est miséricorde et cela sera ensuite repris par Isaïe, Jérémie, Ezéchiel ; ce mystère culminera dans l’Ancien Testament à travers le regard de Jean-Baptiste sur sa fin quand il fixe le Christ et l’Eglise naissante : « Qui a l’Epouse est l’Epoux ! » Cela veut dire désormais que mon âme a vocation d’être épousée par l’Epoux dans une indicible union… c’est la réponse décisive aujourd’hui à tous ceux et celles qui cherchent dans les nouvelles religiosités un chemin de divinisation et je voudrais qu’en cette Année de la foi, l’Eglise se présente non seulement comme le Corps du Christ mais aussi comme son Epouse appelée à une union mystique. Combien désertent l’Eglise parce qu’ils n’y trouvent pas un élan spirituel, une profondeur… à travers la célébration de la Sainte Messe en particulier ?  C’est une liturgie priante, belle et joyeuse qui crée la véritable communion des cœurs qui attire ceux qui sont loin… C’est une Eglise qui adore son Seigneur qui interpelle l’homme d’aujourd’hui : je me souviens d’un grand rassemblement diocésain de jeunes où j’étais invité pour témoigner et enseigner. A un moment j’ai fait faire à ces centaines de jeunes un temps de prière silencieuse dans l’église, les yeux fermés… il y avait un silence merveilleux qui « disait » la Présence. Le soir, à la Messe, l’Evêque a voulu que je prêche mais j’ai été court pour faire témoigner les jeunes. Alors, une jeune étudiante parisienne s’est approchée : elle a raconté qu’elle venait là pour ses études d’art et qu’elle était athée mais lorsqu’elle a ouvert la porte de l’église, elle a été profondément touchée : « A travers tous ces jeunes qui priaient en silence, j’ai vu Dieu et j’en suis désormais bouleversée… »  En voyant l’Eglise qui prie, elle a reçu le don de la foi comme un St Augustin fut touché par la beauté des chants des chrétiens dans l’église de St Ambroise !

 

 

 

L’APPEL DU CIEL : Croire est une aventure formidable. Ne devrait-on pas mettre en avant cette jubilation de dire : “ Oui, je crois en Toi, Seigneur ” ?

 

PERE MARIE-MICHEL : Absolument, c’est la joie de la foi plus forte que toute tristesse, plus forte que la mort : Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !  C’est le cri pascal de l’Eglise.  Jésus a fait une promesse inouïe sur la foi  quand il affirme : “ Tout est possible à celui qui croit ”. Le père Marie-Eugéne, fondateur de l’institut « Notre Dame de Vie », disait qu’il faut « croire à sa foi ». En effet, notre foi ne peut pas être une foi au rabais, une foi à moitié. Dans l’après Concile, on a eu tendance à « cérébraliser », ce qui a tué souvent « l’enthousiasme » que nous a redonné heureusement Jean-Paul II aux JMJ en particulier : la joie de croire, de le partager et de le rayonner sans complexe ! Le contraire du « profil bas » auquel on nous avait habitué par peur du triomphalisme…

Certes, il ne faut jamais perdre de vue que nous sommes des pauvres, des petits qui tombent si souvent mais se relèvent chaque fois par le merveilleux pardon de Dieu à chaque sacrement de la réconciliation. Cela doit susciter en nos cœurs une ferveur nouvelle car celui qui croit vraiment porte déjà en lui le jaillissement de la vie éternelle qui soulève sa vie. Tout en étant pauvre, il est aussi puissant. La foi ouvre des portes insoupçonnées dans n’importe quelle situation. La foi qui prie, la foi qui supplie, la foi qui loue, la foi qui pardonne… cette foi humble et folle du Centurion ou de la Cananéenne qui bouleverse le Cœur de Dieu !  Découvrons notre foi !  C’est un tel trésor et une telle urgence pour vivre ce que le Bienheureux Jean-Paul II a prophétisé comme « le temps de la grande épreuve et de la grande espérance ». Nous sommes dans ce que j’appelle une « accélération » de la fin des temps et c’est un temps de ténèbres où des étoiles doivent s’allumer dans la nuit de ce monde. Regardez l’effet qu’à produit Mère Térésa, Sœur Emmanuelle ou Jean-Paul II : il suffisait qu’ils apparaissent pour qu’il y ait plus de paix, de lumière et d’amour. Prenons au sérieux « l’appel universel à la sainteté » de Vatican II car sur tous les fronts de la société, l’Eglise a plus besoin de saints que de réformateurs !

 

 

L’APPEL DU CIEL : Si l’on considère la foi comme un don de Dieu, comment expliquer que certains hommes ne le possèdent pas ?

 

PERE MARIE-MICHEL : Il faut être très clair à ce sujet : le don de la foi est proposé à tout homme de bonne volonté. « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » dit Paul dans l’Epître à Tite. Ce dessein de Dieu est absolu et vrai à chaque instant. Pour appréhender cela, il faut comprendre ce que nous transmet Saint Jean : Dieu nous a aimés le premier. Et dans le livre de l’Apocalypse, Jésus nous dit : “ Je me tiens à la porte et Je frappe. ” Dès que l’on entrouvre, ne serait-ce qu’un tout petit peu, la porte de notre cœur, la lumière commence à passer. C’est le début de la foi qui est toujours offerte à tous.

Après, tout se joue dans l’ordre mystérieux du cœur de chacun… mais à travers ma propre vie, je suis bouleversé de constater à quel point Dieu est patient et prépare des voies secrètes vers le cœur de tout homme. Cette patience est miséricorde car Dieu n’est pas patient de manière passive, Il est patient comme un amoureux qui frappe à la porte. Il m’arrive souvent de prêcher que Dieu, ne sachant plus comment exprimer Son Amour pour l’humanité, nous a envoyé Son Fils, qui est allé jusqu’à mourir sur une Croix. Face au mystère du Crucifié, il n’y a aucun exclu. Nous sommes tous pécheurs et tous sauvés… Le catéchisme a cette expression stupéfiante que nous devons méditer en cette année de la foi : « Jésus nous tous et chacun connus et aimés durant sa vie et sa passion où Il s’est livré pour chacun de nous… » N’est-ce pas bouleversant que Dieu soit allé jusque là pour me sauver ?  Nous valons tous le sang d’un Dieu ! Les bras du Christ sont grands ouverts sur la Croix et là, nous découvrons l’Amour du Père…  Si l’on n’est pas touché par ce mystère visible qui nous montre que « Dieu est Amour » ; alors quelque chose en nous s’est durci et il faut entrer dans la supplication pour ne pas que le mal s’aggrave.

La naissance de la foi vient d’une déflagration de lumière et d’amour. Comme l’écrit le père Molinié, mon théologien contemporain préféré : « Pour comprendre le péché, il faut comprendre l’amour… Quand on pleure son péché, on ne s’occupe plus de savoir qui a péché, ce n’est plus nous qui sommes intéressants, c’est l’Amour blessé par notre cruauté… Un saint, c’est quelqu’un dont le cœur de pierre a été englouti par la tendresse de Dieu ». Ainsi, la vrai béatitude de la foi vient par la béatitude des larmes : c’est le chemin  de St Pierre qui a trahi et croise tout à coup le regard du Christ qui vient le chercher au fond de son écroulement. Notre Dieu va toujours à la recherche de la brebis malade ou perdue…

 

L’APPEL DU CIEL : A l’image de la conversion de Saint Paul, la foi transforme la vie des hommes. Quels sont les exemples de conversion qui vous ont le plus marqué ?

 

PERE MARIE-MICHEL : Comme le Pape actuel, j’aime beaucoup la conversion de St Augustin dont la démarche me semble d’une grande actualité pour notre modernité. Il faut lire une fois dans sa vie le chef d’œuvre de ses « Confessions » … Mais, je crois aussi que dans toute vie, quel que soit notre âge, il y a un moment où Dieu met tout en œuvre, profitant d’une certaine circonstance propice, pour montrer Son Visage. Souvenons-nous de cette très belle expression des Psaumes : “ Montre-nous Ton Visage et nous serons sauvés. ” Dans toute vie, et c’est cela la Justice de l’Amour, il y a ce moment où Dieu Se révèle. Après, tout se joue dans le cœur de chacun : la parabole su semeur nous laisse deviner que la terre intérieure de chacun est complexe et que tout dépend de la profondeur de l’accueil.

L’Eglise possède de nombreux exemples de belles conversions. J’en suis un parmi une multitude. J’en connais également et je pense notamment à tant de jeunes, rencontrés à Jeunesse-Lumière, dans ma propre communauté ou sur la route de la mission. Même si une conversion continue à me ravir car elle est signe que Dieu agit, j’avoue aujourd’hui être plus sensible à la conversion qui dure… dans la pauvreté.  Je suis de plus en plus fasciné par la fragilité des apôtres : on voit combien ils étaient déficients et lents à croire, même après la Résurrection du Christ ! Cependant, ils ne sont pas partis vers un ailleurs plus confortable et ils sont restés près du Maître, même si beaucoup de choses les dépassaient. Les notions de fidélité et de persévérance sont essentielles au mystère de l’amour. Il n’est pas facile de durer dans la confiance car notre misère nous colle à la peau ! C’est pourtant le grand défi à relever dans la foi. C’est ce qu’a vécu un Saint Paul qui se plaignait d’une mystérieuse écharde dans sa chair. La réponse du Christ est déroutante et fait s’écrouler toutes les illusions sur la sainteté : « Ma puissance se déploie dans la faiblesse ! » C’est là un nouvel éclairage sur la voie d’enfance évangélique qui ouvre à une profonde humilité et une folle espérance !

Au début, cette parole me troublait ; elle constitue maintenant une immense joie car, avec le temps, on découvre toujours plus sa fragilité, on réalise que l’on peut retomber dans tant de travers. Et la foi intervient où Jésus semble nous dire : “ Si tu crois, si tu espères, tout ce que tu ne vis pas encore, Je te le donnerai. Je te demande de Me faire confiance. Je te demande de faire des efforts si petits et si dérisoires soient-ils à tes yeux pour que ton cœur soit vrai, parce qu’il n’y a pas d’amour sans actes, il n’y a pas d’amour sans combat. Mais c’est par ta confiance que mon amour t’envahira… »  Notre victoire, c’est notre foi !… dit St Jean dans sa 1°épître et Thérèse de Lisieux est un Maître spirituel en ce domaine.

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à de très graves fragilités. Les jeunes sont notamment très blessés, psychologiquement, affectivement… Je pense que nous sommes en présence d’un signe des temps car, avec ces petits, ces fragiles, cette cour des miracles, la Sainte Vierge va écraser Satan de Son talon. C’est ce qu’a dit Marie à Marcel Van, en lui confiant qu’Elle aura « Ses » apôtres des derniers temps, qui formeront deux catégories : les “ priants ” dans le silence et les “ apôtres ”, qui iront sur le terrain. Marie dit aussi qu’avant de devenir ces apôtres, ils vivront une très grande expérience de faiblesse qui durera. Il ne faut donc pas avoir peur de nos fragilités ; l’important consiste à ne jamais renoncer à la prière qui espère, aux sacrements, à la puissance de la foi. Le véritable enfant de Dieu tombe mais se relève toujours et c’est cela que le démon ne supporte pas car il s’emploie particulièrement aujourd’hui à nous faire tomber très bas pour « tuer » l’espérance. Devant nos impossibles, il faut dire jusqu’au bout avec l’enfant de Lisieux : « Ma folie, c’est d’espérer !… qu’un jour, Jésus viendra me chercher et m’emportera en ses bras… » Telle est l’Ascenseur de Thérèse ! Telle est la persévérance évangélique dont Jésus a dit qu’elle mène au Salut.

Je rencontre ainsi des jeunes et des moins jeunes qui ont la tentation de tout lâcher, comme s’ils disaient à Jésus que ce salut n’est pas possible pour eux : tel est la grande épreuve et la grande tentation de ce temps qui va permettre une purification de notre confiance. Car cette civilisation a basculé dans « la culture de la mort » et va aller très loin dans le mystère du mal… nous allons nous retrouver de plus en plus au pied de la Croix dans une apparente victoire des ténèbres. Sans Marie, nous ne pourrons tenir dans la prière et l’espérance. Avec Elle, nous aurons alors le regard prophétique de Jean-Paul qui a annoncé régulièrement des temps nouveaux : « L’Eglise veut annoncer aux hommes l’espérance d’une ère nouvelle qui, déjà, se lève comme l’aurore… » Dans la confiance qui persévère, nous devinerons cette aurore et l’Eglise va devenir de plus en plus cette arche d’humanité durable qui ouvre l’avenir !

 

L’APPEL DU CIEL : De nombreux fidèles font preuve aujourd’hui encore d’une grande dévotion à la Vierge Marie. La Mère de Dieu n’incarne-t-Elle pas tout simplement l’image du vrai croyant ?

 

PERE MARIE-MICHEL : O combien !  Et j’ajouterai : bienheureuse Celle qui a cru ! Nous avons l’habitude, dans notre communauté, de vivre de la foi silencieuse de Marie, une foi toute contemplative, toute centrée sur le Visage de Jésus, quels que soient les bruits du dehors. Marie est l’exemple parfait de la foi, jusqu’au pied de la Croix, puisqu’Elle a cru à la Résurrection de son Fils. Chaque samedi doit nous rappeler cela !

Le fait que la Vierge Marie apparaisse autant dans le monde entier depuis deux siècles en particulier est à prendre très au sérieux : Elle nous invite à l’urgence de la prière et de la conversion pour nous faire comprendre la gravité de ce temps et les menaces qui pèsent sur l’humanité, des menaces bien plus graves que celles que nous avons déjà pu expérimenter. Les apparitions de Marie se produisent pour fortifier notre foi et surtout pour qu’à travers cette foi, qui prie et supplie, l’amour de Dieu répandu dans les cœurs fasse reculer les ténèbres. En ce sens, on n’a pas encore compris tout l’enjeu des apparitions de Fatima car il s’agit d’accueillir la mission que Dieu a donné à la Mère de l’Eglise en ce temps que décrit le début du chapitre 12 de l’Apocalypse : la Femme revêtue de soleil face au déchaînement du dragon. Cette Femme, qui est à la fois Marie et l’Eglise, est toute relative à l’Enfant qu’Elle porte : le Sauveur, Lumière du monde !  A chaque apparition de Marie reconnue par l’Eglise, nous devrions dire comme Elisabeth : « Et comment m’est-il donné que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » Marie continue son mystère de Visitation dans l’histoire car Elle est gardienne de l’Eglise et de l’humanité avec la même intensité d’amour qu’Elle a gardé son Fils Bien-Aimé… comme l’a dit Jean-Paul II : «  Elle est de toutes les luttes de l’Eglise et c’est pour vivre ce temps que nous a été donné un signe grandiose :  la Femme enveloppé de soleil. » Selon la belle expression du Cardinal Schönborn, il nous faut donc être plus attentif à « la pastorale de Marie » : dans le diocèse de Tarbes, l’Evêque de l’époque n’avait pas prévu dans son plan pastoral les apparitions de Lourdes !  Et pourtant, quel rayonnement mondial de l’Evangile à partir de la venue de Marie…

 

L’APPEL DU CIEL : Notre existence terrestre est faite de joies et de peines. Il arrive ainsi que des personnes disent avoir perdu la foi suite au décès d’un proche, par exemple. Comment expliquer cela ?

 

PERE MARIE-MICHEL : Qu’une personne souffre, qu’elle puisse même se trouver dans un certain état momentané de révolte, cela peut arriver et Dieu le comprend, car certaines situations sont terribles. L’homme qui n’a pas été éprouvé, que sait-il ? dit la Bible. Que peut-il comprendre de la souffrance des autres ? Il nous faut être humble et respectueux devant toute douleur en évitant les discours irréalistes. Il y a des moments où il faut savoir se taire, prier et écouter avec compassion celui ou celle qui n’en peut plus dans son épreuve. On devient alors  présence apaisante où Dieu passe…

Quant à l’épreuve qui entraîne la perte de la foi, il nous faut rester prudent vu la complexité du cœur humain. En évitant tout jugement, on peut tout de même se poser la question sur la profondeur de la foi de telle ou telle personne… car une fois de plus, on peut passer par des états terribles et de révoltes. J’aime souvent à dire que Dieu peut tout entendre : relisons certains psaumes pour en être convaincus ! Mais si nous croyons au final que Jésus est le Sauveur qui nous attend toujours avec amour, nous irons nous jeter dans ses bras… car toute épreuve n’existe que pour faire grandir la foi et la paix. La dernière parole du Christ est celle de son Cœur ouvert sur la Croix : parole silencieuse d’une infinie puissance d’amour dans une indicible douleur et fragilité. Là tout est dit et tout est possible : la meilleure preuve en est le bon larron qui se blottit dans les bras de Dieu et entre le premier au Ciel avec Jésus !  Le petit Van disait que « la souffrance n’existe que pour l’amour ». Pour vivre ce mystère, il faut comme St Jean et Marie-Madeleine nous immerger dans le Cœur douloureux et Immaculé de Marie sans la douceur duquel nous pouvons nous durcir et nous éloigner de l’Amour.

 

L’APPEL DU CIEL : De grands Saints de l’Eglise ont également vécu ce que l’on appelle la nuit de la foi…

 

PERE MARIE-MICHEL : Nous vivons ou vivrons tous d’une manière ou d’une autre cette nuit de la foi. Il est normal que le Seigneur nous parle à travers des choses plus sensibles, plus affectives, car notre humanité en a besoin. Mais, en même temps, Il nous fait passer à un moment par une forme de sevrage, pour que notre approche de Dieu ne soit pas trop liée à un sensible trop égocentrique. Nous voyons bien aujourd’hui que bien des personnes ont besoin de “ ressentir ”, de voir des signes, faute de quoi la foi ne les intéresserait plus. Le Seigneur ne veut pas nous laisser dans cet état infantile. Il semble alors se retirer et nous laisser seul dans la sécheresse… tel est le début de la contemplation : on commence un peu à aimer Dieu pour lui-même et non pour les grâces sensibles qu’il donne. Telle est la purification et la libération de la foi. Saint Jean de la Croix dit que dans la nuit de la foi, il y a un crépuscule, un minuit et une aurore : c’est un chemin vers la lumière où il faut accepter de se laisser guider comme un aveugle par la main de Jésus. Il faut lâcher le gouvernail de nos vies intérieurement tout en continuant à assumer la vie de manière responsable.

Durant les premières années qui ont suivi ma conversion, je voulais toujours retrouver cette sensation de “ nouveauté ” mais je perçois bien maintenant que c’était une attache qui me retenait et m’empêchait d’avancer car le Christ nous dit comme aux apôtres : «  avance au large ! » Et cela nous fait peur d’avancer dans un désert où Dieu seul est le chemin… mais Il permet cette nuit pour nous détacher et nous faire entrer dans une nouvelle manière de Le connaître beaucoup plus spirituelle et profonde. Comme dit St Jean de la Croix : le Christ nous délivre de «  notre pauvre manière d’aimer » et si nous refusons cette “ crise de croissance ”, nous risquons de rester spirituellement infantiles. Ne l’oublions jamais : Dieu est toujours plus grand que la dernière expérience que j’ai pu avoir de Lui. Nous sommes destinés à vivre le « mariage spirituel » avec l’Epoux qui est plus grand que notre cœur !  L’invitation aux noces est au cœur de l’Evangile. Le feu que Jésus est venu répandre sur la terre doit nous transformer en flamme d’amour. Telle est la Pentecôte des pauvres qui prépare la beauté de l’Eglise à venir…

 

Interview pour l’appel du Ciel, Mai 2012



[1] Editions du Jubilé, Paris.

[2] Voir le livre du père Marie-Michel : « Ma prière préférée – Le Rosaire de Marie selon Jean-Paul II ». Editions du Jubilé, 2003.

[3] Marie-Michel, Une soif d’infini, Elisabeth de la Trinité – Sa vie, son visage, Editions du Jubilé, 2006.

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